Jean-François MAILLET

écrivain

L’idée de départ.

Tout a débuté par mon intérêt pour l’Histoire, et notamment pour la guerre de 14.

Ma grand-mère, qui est né en 1910, m’en a beaucoup parlé. Et de 4 à 12 ans, nous avons vécu à Urcel, près du Chemin des Dames.

Début des années 90, venant m’installer dans la région de Sézanne, et plus précisément dans le village des Essarts-lès-Sézanne, je cherche les événements historiques importants qui ont eu lieu dans le coin. Je tombe sur la bataille de la Marne. Me passionnant pour le sujet, je pars faire des recherches aux archives militaires de Vincennes. J’écris plusieurs articles sur les combats des 6 et 7 septembre 1914, qui sont publiés dans le journal local « Du pays Sézannais ». En même temps, je lis pas mal d’ouvrages généraux sur le sujet, et des romans d’auteurs qui ont connu la guerre et en parlent dans leur livre, comme Genevoix, Kessel ou Giono.

M’intéressant également aux fusillés pour l’exemple, notamment l’affaire des caporaux de Souain, j’achète le livre de Nicolas Offenstadt, « Les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective (1914-1999) ». Je commence à lire. Soudain, à la page 27, je tombe sur ce passage, intitulé « Les morts-vivants » :

« Examinons plus avant une de ces exécutions sommaires. Le 7 septembre 1914, le général Boutegourd, commandant de la 51e division, fait fusiller six soldats  du 327e qui se repliaient.

Le régiment participe aux durs combats de Charleroi, connaît la retraite à marches forcées puis la bataille de la Marne. C’est au cours de cette bataille qu’a lieu le drame. Le 327e régiment était alors en seconde ligne derrière le 270e. Le 6 septembre au soir, les Allemands lancent des obus fusants semant le désordre chez les soldats du 270e qui se replient en entraînant ceux du 327e. La situation est confuse. Le général Boutegourd dort près de la ferme des Essarts, à l’arrière. Réveillé par le bruit des soldats, il met aux arrêts ceux qu’il rencontre après les avoir brièvement questionnés. Plusieurs chefs directs des 7 soldats arrêtés tentent d’obtenir leur grâce mais, couvert par son supérieur, Boutegourd veut « un exemple ». Si l’on en croit un témoignage recueilli par Jean Callot, le général n’est pas un novice de l’exécution sommaire. Il aurait abattu de sa main le soldat Lamand, épuisé par la retraite. L’exécution a lieu le 7 septembre au matin, « fusillés à l’aube » comme disent les Anglais, shot at dawn. Fait étrange, trois soldats (Dufour, Waterlot et Clément) survivent à l’exécution. Le peloton a-t-il manifesté implicitement son opposition par des tirs peu ajustés ? Rien ne le dit mais on peut s’étonner que trois des soldats n’aient été tués sur le coup. L’adjudant chargé de donner le coup de grâce n’a pas eu la force d’accomplir jusqu’au bout sa terrible mission. Clément meurt le 9 septembre dans un train d’évacuation et Dufour et Waterlot au combat, respectivement en 1914 et 1915. […] »

Une exécution sommaire s’est produite en 1914, justement dans le village où je vis ! J’ai évidemment envie d’en savoir plus. Je rentre en contact avec une universitaire de Lille qui a écrit dix articles, au sujet de ces fusillés, dans le journal « La voix du Nord ». Il faut savoir que le 327e était un régiment de Valenciennes. Cette dame m’envoie les articles. Nous entamons une correspondance. Elle aimerait que je tente de retrouver les tombes des fusillés. Cette recherche échouera. J’en arrive à la conclusion que les 4 morts ont été enterrés dans une fosse commune, pas très loin des Essarts. Mais je visite tous les cimetières de la région et cette histoire commence à me tenir à cœur. Elle me fascine. J’aimerais en utiliser la trame pour faire une fiction. C’est un épisode de la guerre tellement « extraordinaire », et unique ! Et méconnu, aussi. Je commence à écrire une nouvelle (bien avant de me lancer dans l’écriture de mon premier roman, « Maxi-frissons au MaxiShop »). Je fais un plan et j’écris une vingtaine de pages. Mais j’arrête. Ca ne me plaît pas. Pourtant l’idée très prenante de transformer cette histoire vraie en fiction ne me quitte pas. Elle reste présente dans un petit coin de mon esprit.

Je me lance dans l’écriture de « Maxi-Frissons… ». Ce roman terminé, je décide d’écrire un deuxième polar avec les mêmes détectives. Je pense à deux, trois idées, notamment un roman gore dans le style de J-C Grangé. Mais ça ne tient pas la route. Resurgit alors l’histoire des fusillés. Je torture l’idée dans tous les sens. Se met lentement en place une histoire de vengeance en rapport à ces fusillés pour l’exemple. Le puzzle se construit. Enfin, j’ai trouvé comment mettre en scène cette histoire qui me taraude depuis déjà quelques années !

 

L’écriture.

Maxi-frissons sort début octobre 2008. L’idée d’« Exécutions sommaires » (titre provisoire de « Champagne Rouge Garance »), qui arrive doucement à maturité, me trotte dans la tête depuis un moment déjà. J’hésite encore à me lancer. Symboliquement, j’écris les premières lignes du plan le 11 novembre. Et c’est parti…

J’écris un plan de plus de quatre-vingt pages. Je le tape à l’ordi, commençant même à écrire quelques dialogues. Comme je l’ai fait pour Maxi-Frissons, je ne quitte pas le plan tant que je n’en suis pas totalement satisfait, que j’ai encore des doutes sur sa « stabilité ». Je le retourne dans tous les sens.

En février 2009, j’attaque l’écriture du bouquin au stylo. Je l’écris d’une traite en six semaines. Puis je le transcris sur l’ordinateur en commençant à changer des choses.
Je me rends à Paris, pour les décors de mes scènes parisiennes. Je mange notamment à « La table des Troys », un restau qui se trouve en face du château de Vincennes et où, dans mon bouquin, mangent Etienne et De Béranger.

Puis j’attaque le style. Je travaille phrase par phrase. Je les décortique minutieusement.

Juillet, août, je n’y touche pas, je le laisse reposer.

Je le reprends au mois de septembre pour le terminer au mois de novembre.

Je l’ai moins travaillé que le premier mais, au bout d’un moment, je me demande ce que je peux lui apporter de plus ; pour moi, il est fini.

Je l’envoie à une dizaine de personnes pour la relecture. Les retours sont globalement positifs. Les relecteurs trouvent que le bouquin est plus solide que le premier, et que le faits divers de 14 apporte beaucoup à l’ensemble. Ce deuxième est plus « sérieux » que le premier, et il y a moins de gros mots… Je modifie pas mal de choses et je l’expédie aux éditeurs…

 

L’édition.

Au mois de février 2010, je le poste à une dizaine d’éditeurs, dont certains croisés lors des salons du livre que j’ai fait. Des petits éditeurs sympathiques.

Une semaine plus tard, je reçois un coup de fil de Monsieur Zahnd, des Editions Pythagore, de Chaumont (52). Il est intéressé par mon bouquin.

Il me demande de retirer l’entracte. Je le fais. On retravaille pas mal de détails. Il aimerait que mon livre fasse plus couleur locale, notamment que mes héros mangent de la potée champenoise et boivent du Bouzy Rouge. Il souhaiterait aussi que mes personnages soient un peu plus « sages ». Je fais les corrections qui me semblent valables.

Entre temps, je reçois d’autres propositions d’autres éditeurs : les Editions Morrigane (gérée par une charmante dame, qui est aussi écrivain, et qui était ma voisine au salon du polar de Roissy-en-brie), mais elle ne peut le sortir que dans un an ; les éditions Thélès (dans les mêmes conditions que le premier) et les éditions Ravet-Anceau (mais je venais juste de signer avec Pythagore).

Mon roman sort le 12 juin 2010, après un an et demi de travail. Edité par un vrai éditeur ! Le total bonheur !